Cette petite bourgade du sud de la Chine est tout simplement fabuleuse. Parsemee de hauts rochers karstiques sur un large plateau verdoyant d'ou s'ecoule negligeament depuis des millenaires un fleuve qui sert de moyen de locomotion aux commercants chinois, cette region a attiree depuis longtemps, la creme des peintres et des calligraphes de l'empire du milieu. si vous ne connaissez pas le Guangxi et la region de Yangshuo, il vous suffit de regarder le prochain tableau de paysages que vous croiserez au resto chinois: ces montagnes a la silhouette caracteristique sont reconnaissable entre toutes.
La baie d'Halong possede egalement ces "pains de sucre" qui ont fait sa celebrite, emergeant des flots comme des monstres figes.
Passer par la chine sans passer par la aurait ete une erreur pour un linguiste:
L'origine du mot "paysage" en chinois (et en japonais), est tout simplement le regroupement des ideogrammes "montagne" et "riviere", elements present dans sa plus sublime et simple expression a Yangshuo. Horizontalite et verticalite, abside et ordonnee du peintre, tout ici, attire l'oeil, et ouvre les portes du bien-etre interieur.
Apprendre le Tai chi chuan ou la meditation dans une contree si unique et inspirante, ou tout simplement chercher le calme apres des mois de travail acharne...Yangshuo est le lieu ideal. Je n'oublierai pas de si tot ces quelques jours dans cette province.
Guilin fut decevante, car trop urbaine, mais neanmoins une porte ouverte vers ce qui nous attendai par la suite: Yangshuo la rurale, Yangshuo l'oubliee d'un monde par trop urbanise. Nous arpentons donc les routes et chemins, sur un velo de location vetuste, passant entre ces montagnes karstiques dont le sommet n'est accessible qu'aux grimpeurs chevronnes, longeant le fleuve et les rizieres. Le coeur de la Chine. En pleine nature.
L'aventure dans son habit le plus simple: on ne sait pas trop ou l'on va, mais on decouvre a chaque tournant un panorama nouveau, une nouvelle perspective qui donne l'envie de sortir le pinceau...ou plutot l'appareil photo.
Impossible de faire un kilometre sans prendre un cliche. De la route, cela ne nous suffit plus. On s'avance alors sur un chemin etroit vers un de ces geants de pierre, dont l'ombre immense impose une humilite dont l'homme a besoin pour apprecier la nature dans sa grandeur. Nous cachons les velos derriere des bottes de foins et nous nous enfoncons au coeur de notre imposant geant, par une ouverture discrete que nous venons de decouvrir. Elle semble vierge de toute decouverte anterieure, et ce que nous primes pour un simple abri sous roche s'avera etre une grotte aux dimensions incroyable. Les parois se resserrent en s'enfoncant plus avant dans cette cavite. Satoshi abandonne l'exploration, mais je ne peux m' y resoudre. Mon coeur bat d'excitation et ma soif de decouverte, ma curiosite accrue, me fait grimper jusqu'a 10 m par une cheminee naturelle qui debouche alors sur une salle immense, au premier etage d'un complexe impossible a mesurer avec exactitude. Un labyrinthe de couloirs, une citadelle dans la roche, une fourmiliere a taille humaine.
Yangshuo, paradis des peintres et des calligraphes? pas seulement! c'est aussi le paradis des speleologues et des touristes inconscients! fort de cette constation, je rebrousse chemin. Dans mon excitation, le temps a certainement du passer plus vite que je ne le pense et Satoshi a du decouvrir d'autres recoins avant moi! Je rebrousse donc chemin, retrouvant ma cheminee vers le niveau inferieur, et ma premiere frayeur: 10m en contrebas, dans le noir complet, aucune prise en vue, aucune vue du sol. un chat coince dans un arbre aurai plus d'excuses dans sa stupidite.
Au bord du gouffre, j'attend que ma vision s'habitue a l'obscurite. Je scrute les parois a la recherche du moindre indice, trouve une prise, puis deux. Je tente la descente. Mon pied gauche en equilibre, ma main droite tatonnant a l'aveuglette, je dois avoir l'air d'une pitoyable araignee perdue sur sa propre toile. Deux points d'appui sur la gauche? Je m'y agrippe des deux mains et balance mes pieds dans le vide. Mauvais choix, je ne rencontre qu'une paroi lisse. Avant de penser a ca, j'aurai du memoriser la situation de ma derniere prise...Je tiens bon, les doigts crispes sur ce qui me separe du vide 8m plus bas.
Je ne suis pas passer par la a l'aller, c'est sur. Aucun moyen de se rappeler du passage. Place a l'improvisation. Je tend mes jambes en arriere et m'appuie sur la meme surface lisse. Il est temps de tenter quelquechose de perilleux ou de decider de rester coincer...La difficulte est toujours la meilleure voie. Je lache une prise, plaque mon bras contre la paroi, tourne sur mes pieds en tendant mon corps contre les deux parois verticales.Dos au mur de droite, pieds au mur de gauche, je lache ma derniere prise. Retablissement pas si complique finalement...Il ne manquerai qu'une corde pour faire serieux...Les mains de chaque cote pour l'equilibre, je descend petit a petit sur 4m de parois lisses dont les ondulations m'imposent un effort physique eprouvant.
Le decor change: je reconnais une prise, je reconnais mon chemin, j'apercois le sol a 4m. De la, au pire, je me casserai une jambe. J'abandonne rapidement ma position inconfortable pour revenir me coller a la paroi et imiter Spiderman. Cette fois, j'enclenche le cerveau: j'utilise le flash de mon appareil photo. memorisant les prises decouvertes, je descends dans le noir, le portable entre les dents, et je finis par toucher le plancher des vaches, les jambes flagolantes.
C'etait drolement marrant...
Quel con!
Je sors de la, retrouve Satoshi endormi sur une botte de foin, un brin entre les dents...
L'art de s'inquieter de rien...